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Faut-il dire merci à son IA ?

Une question moins stupide qu'elle n'en a l'air. Trois cercles d'impact — pour soi, pour le travail, pour les autres — et une statistique paradoxale sur la politesse en prompting.

Laurent Cuénoud
Infographie Djtal : trois cercles d'impact de la politesse adressée à une IA — pour soi (cohérence intérieure), pour le travail (effet miroir), pour les autres (transmission).

Mes proches se moquent gentiment quand je dis merci à mon IA. “À quoi ça sert ?”, ils demandent. “Elle ne te lit même pas vraiment.”

Depuis qu’une partie de notre équipe Djtal travaille avec des agents IA au quotidien, cette question m’occupe. Voici trois cercles d’impact, du plus intime au plus large.

Pour soi

Je passe mes journées à donner des consignes à des machines. Si je glisse de “fais-moi telle chose” à “fais-moi telle chose, s’il te plaît, merci”, c’est moi qui change — pas elle.

La politesse vers la machine est un garde-fou contre une certaine pente : oublier que la posture qu’on adopte au clavier teinte celle qu’on aura quelques minutes plus tard avec un collègue, un client, son enfant.

On ne dit pas merci pour l’IA. On dit merci pour soi.

Pour le travail

Une intuition séduisante voudrait que les prompts polis génèrent des réponses plus qualitatives. La recherche récente dit l’inverse.

Une étude de 2025 (Mind Your Tone, arXiv 2510.04950) a comparé prompts très polis et prompts très impolis sur plusieurs modèles : 84,8 % d’exactitude pour les impolis, 80,8 % pour les très polis. Une étude antérieure (Yin et al. 2024, arXiv 2402.14531) trouvait des résultats plus nuancés selon la langue, mais aucun gain net de la politesse extrême.

Ce qui est intéressant n’est donc pas l’effet sur la machine. C’est ce que ça révèle sur nous. Comment parlez-vous à votre IA quand personne ne regarde ? Maintenant remplacez “IA” par “votre équipe”.

Pour les autres

Sam Altman a confirmé en 2025 que les “please” et “thank you” envoyés à ChatGPT coûtent à OpenAI “tens of millions of dollars” — qu’il décrit lui-même comme “well spent — you never know”.

L’argument retourné : si tant de personnes, partout dans le monde, conservent ce réflexe au point que ça représente des dizaines de millions, c’est qu’il survit à l’absurde rationnel. Personne ne se “récompense” en disant merci à la machine. Mais on le fait quand même. C’est un signe.

Ce qu’on dit aux machines forme ce qu’on dira à nos enfants. Pas l’inverse.


Dire merci à mon IA n’est pas pour elle. C’est pour moi, pour mon travail, et pour ceux avec qui je parlerai après.

Et c’est sans doute la chose la plus “pas si stupide” que j’aurai faite aujourd’hui.

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